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Burn-out

Je me suis éteinte doucement

Si doucement que personne ne l'a vu. Même pas moi.

Il n'y a pas eu de signal d'alarme, pas de matin où je me suis réveillée en me disant ça y est, j'ai atteint mes limites.

Il y a eu quelque chose de plus insidieux, une fatigue qui s'installe, une flamme qui baisse, une distance progressive entre ce que je faisais et ce que je ressentais en le faisant.

Et pendant tout ce temps, je continuais. Parce que c'est ce que j'avais toujours fait.

La petite fille parfaite

J'étais une enfant discrète, toujours dans ses livres, toujours dans son monde imaginaire. Ce monde-là, il était doux, il m'appartenait, personne ne pouvait l'envahir.

Dehors, je souriais, je ne faisais pas de bruit, je ne dérangeais pas.

Je ne savais pas à l'époque que c'était déjà une forme d'adaptation, que cette petite fille sage et discrète avait compris que sa place ne lui était pas entièrement acquise, qu'il fallait la mériter, qu'il fallait être suffisamment bien, suffisamment peu encombrante, pour avoir le droit d'être là.

Je croyais que le problème venait de moi, je l'ai cru pendant longtemps.

Le caméléon

Et puis, il y a eu les déménagements réguliers, répétés. À chaque fois, une nouvelle ville, une nouvelle école, ce moment suspendu du premier jour où tu regardes les groupes déjà formés et tu te demandes, silencieusement, avec une urgence que tu ne montres à personne : « comment je vais me faire une place ici ? ».

Ma réponse, à chaque fois, était la même. Joue le jeu, adapte-toi, deviens ce qu'ils ont envie de voir.

Je surjouais, je me sur-adaptais, je devinais les attentes avant même qu'elles soient formulées et je m'y glissais. Je changeais de couleur selon les endroits, les gens, les groupes, pas par calcul, par survie.

Le problème avec le caméléon, c'est qu'à force de changer de couleur, il finit par oublier la sienne.

Je ne savais pas encore que cette façon d'être ne s'arrêterait pas à l'enfance, qu'elle grandirait avec moi, qu'elle s'installerait dans mes relations, dans mon couple, dans ma vie professionnelle, partout où il y a une place à mériter.

Prouver que j'étais digne d'être aimée

Dans mes relations amicales ou amoureuses, ça a pris une autre forme, plus subtile, plus intime, plus douloureuse aussi.

Cette envie, ce besoin profond, de prouver que j'étais digne d'être aimée, que j'étais à la hauteur, que j'étais suffisamment bien pour qu'on me choisisse et qu'on continue de me choisir.

Alors je devançais les besoins, je m'adaptais encore, je me faisais petite ici, grande là-bas, toujours en train d'anticiper, de m'ajuster et de m'assurer que l'autre était bien, même quand moi je ne l'étais pas.

Je croyais à l'époque que donner sans compter, c'était aimer, que s'effacer un peu c'était faire de la place, que devancer les besoins des autres, c'était être une bonne compagne, une bonne amie, une bonne personne.

Ce que je ne voyais pas, c'est que dans tout ce mouvement vers les autres, je m'oubliais complètement.

Performer pour exister

Professionnellement, c'était la même mécanique mais sous une autre forme.

La performance comme preuve de valeur. Être à la hauteur, irréprochable. Prouver encore et toujours que j'avais ma place, que je la méritais, que je valais quelque chose.

Je passais en force quand j'étais fatiguée, je continuais quand mon corps disait stop, je n'écoutais pas les signaux, ou plutôt je les entendais mais les ignorais. Parce que s'arrêter, ça aurait signifié que je n'étais pas assez solide, pas assez capable, pas à la hauteur. L'idée était insupportable pour moi, alors je continuais.

Ce que le burn-out révèle et qu'on ne veut pas voir avant

Le burn-out n'est pas arrivé d'un coup, il s'est construit sur tout ça, sur des années d'adaptation permanentes, d'anticipation des autres, de sur-don, sur des années à passer en force alors que je n'en pouvais plus, à ignorer ce que mon corps me disait, à taire mes besoins parce que les besoins des autres semblaient plus urgents, plus légitimes, plus importants que les miens.

Il s'est construit sur cette croyance fondamentale, installée depuis l'enfance, que ma valeur était conditionnelle, qu'elle dépendait de ce que je produisais, de ce que je donnais, de la façon dont j'étais utile aux autres.

Et un jour, progressivement, puis soudainement, quelque chose a lâché. Pas une décision, pas un choix. Un vrai effondrement.

Le burn-out a tout remis à plat brutalement, sans me demander si j'étais prête. Il a vidé tout ce sur quoi j'avais construit mon sentiment d'exister (la performance, l'utilité, la capacité à donner) et m'a laissée face à quelque chose d'inconfortable et d'essentiel.

Moi, juste moi, sans toutes ces preuves.

Ce que j'aurais voulu savoir avant

Le burn-out n'arrive pas parce qu'on est faible.

Il arrive parce qu'on est forte depuis trop longtemps. Parce qu'on a toléré l'intolérable en croyant que c'était normal. Parce qu'on a ignoré les signaux, la fatigue, le vide, cette sensation sourde de ne plus savoir pourquoi on fait tout ça, en se disant que ça allait passer.

Il arrive parce qu'on ne s'est pas écoutée. Pas par manque d'intelligence mais par manque d'habitude. Parce qu'on n'avait jamais vraiment appris que s'écouter c'était légitime. Que ses propres besoins méritaient autant d'attention que ceux des autres. Que dire stop avant l'effondrement n'était pas de la faiblesse, c'était de la sagesse.

Si tu te reconnais dans ce que je décris, dans cette façon de te sur-adapter, de devancer les besoins des autres, de passer en force quand tu n'en peux plus, je ne veux surtout pas t'alarmer ou que tu te sentes jugée (je suis bien la dernière personne à pouvoir le faire vu mon parcours).

Je veux juste te dire ceci.

Écoute-toi. Pas demain, pas quand tu auras fini cette liste de choses à faire, pas quand tu te seras prouvé que tu pouvais encore tenir.

Mais maintenant, parce que ton corps sait, il te parle et il mérite que tu lui répondes avant qu'il soit obligé de crier.

Et si la lumière revenait ?

Je me suis éteinte doucement. Et je me suis rallumée de la même façon, pas d'un coup un matin de manière spectaculaire mais doucement. Une petite flamme d'abord, fragile, vacillante, que l'on protège avec les deux mains pour qu'elle ne s'éteigne pas à nouveau. Puis une autre. Puis une autre encore.

Si tu lis cet article aujourd'hui, c'est peut-être parce que quelque chose en toi reconnaît ce que je décris. Cette fatigue qui ne part pas avec une bonne nuit de sommeil. Cette sensation d'être présente partout et nulle part vraiment. Ce mouvement perpétuel vers les autres et ce vide étrange quand tu t'arrêtes et que tu te retrouves face à toi-même.

Je veux te dire quelque chose. Ce que tu ressens n'est pas un signe que tu es faible.

C'est un signe que tu t'es oubliée depuis trop longtemps. Et s'oublier, ça s'est fait doucement, alors se retrouver se fera aussi doucement. Pas dans une révolution mais dans les petits gestes, dans les premiers non posés avec douceur, dans les premiers moments où tu t'assieds sans avoir rien à produire et tu laisses juste être là, dans les premiers instants où tu t'écoutes vraiment avant d'écouter tout le monde.

Tu n'as pas à attendre l'effondrement.

Tu peux commencer maintenant. Là. Avec ce que tu as. Avec ce que tu es.

Et ce que tu es, cette femme sensible, généreuse, épuisée d'être forte, elle mérite d'être vue, pas juste par les autres mais par toi. D'abord et avant tout par toi.

Et je suis fière de toi d'être encore là, d'avoir tenu envers et contre tout, et si ces mots résonnent pour toi, c'est peut-être le début d'un renouveau.

Prends soin de toi, car tu es la personne la plus importante pour toi.

Ces mots résonnent en toi ?

Si tu ressens le besoin d'être accompagnée, en douceur et à ton rythme, je suis là.

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